Y'A D'LA HAINE

Y'A D'LA HAINE

# Posté le vendredi 28 octobre 2005 11:22

Modifié le vendredi 28 octobre 2005 19:33

RADIKAL N°1 - JUILLET 1996

RADIKAL N°1 - JUILLET 1996
Déjà 14 heures ! J'suis à la bourre.
En plus, je me suis perdu dans les locaux de Polygram. Pourtant, quand j'ai eu Tintin au téléphone, le parcours du rendez-vous me semblait plus simple...
Je poursuis ma piste.
Perdu dans la jungle des sonorités divergentes, j'atterris dans le bureau du directeur artistique de Mylène Farmer...
Visiblement, ça n'a pas l'air d'être là. Serait-ce un piège, un guet-apens ?!?


Structure montée par des jeunes de Mantes-la-Jolie, l'association STK, d'où sont issus les membres d'Expression Direkt, avait pour but de promouvoir la culture Hip-Hop. «STK existe encore, mais nous nous sommes retirés pour divergence d'opinion» explique Le T.I.N. que j'ai finalement réussi à trouver au 6ème étage du labyrinthe...ou plutôt au 7ème ? Enfin...
Weedy n'est pas là. Il prépare son mariage (congratulations !). Le T.I.N. poursuit dans son allocution : « des groupes prometteurs risquent d'en sortir prochainement ». Contactés par Ghetto Youth Progresss en 1994 par l'intermédiaire de Rudlion (tous nos encouragements. NDR) Le T.I.N., Weedy, Kertra, Delta et Judy le chanteur composent un titre pour cette compilation ; Mon Esprit Part En Couille, suivi d'un clip. Par la suite, ce sont les mêmes que l'on retrouve dans la file d'attente du casting de La Haine de Mathieu Kassovitz : « A la base, Weedy et moi étions intéressés pour jouer dans son film : on s'est présentés à la sélection histoire d'avoir un rôle, ne serait-ce celui de figurant. De fil en aiguille, on nous a finalement choisis pour illustrer la bande sonore du film parce que Mathieu a plus kiffé sur notre musique. On ne lâche pas l'affaire pour autant, le cinéma nous intéresse toujours ! »
Avril 1996, Weedy et Le T.I.N. reviennent à la charge avec un album explosif : Guet-Apens. « La séparation d'Express D n'a rien d'une division classique : le concept du groupe ne rentre pas du tout dans la catégorie des stéréotypes existants. (...)La scission est plus fondée sur le travail. Weedy et moi sommes les plus agés, respectivement 26 et 23 ans et nous assurons la stabilité du groupe en prenant les décisions finales. Elles nous ont notamment amené à monter sur Paris d'où on gère tout ».
Quand on évoque avec Le T.I.N. l'album et le label, il répond avec prestance : « ce sont deux rêves finalement réalisés grâce à l'opportunité provoquée par un travail de longue haleine ». Résultat : Guet-Apens et ESKWAD Productions. Un entretien qui nous permet de mieux cerner la mise en scène de la machination préparée en vue de nuire à leurs ennemis potentiels : « Avec Apocalypse Now on règle nos comptes avec les rappers Walt Disney en prouvant « qu'on a plus de style que la plupart de ces bâtards » (...) Au Sommet de la Gloire est un titre qui remet les pendules à l'heure. Je pense qu'en restant intègre tu es gagnant à la longue, plus qu'en faisant un tube ! Quitte à vendre, je préfère écouler plus d'albums que de singles ». Cette conspiration est également mise en ½uvre pour riposter aux majors qui les ont fait attendre trop longtemps. Ils avaient pourtant prévenus qu'ils y arriveraient tout seuls...


Quel rapport faites-vous avec la pochette inspirée de la jaquette d'un film et le concept de Guet-Apens ?

Le T.I.N. : Notre album n'est pas une production underground minime. C'est vrai qu'il en ressort une impression de gros moyens qui reflètent l'action, l'aventure, mais surtout les combats des superproductions hollywoodiennes ! On a voulu prouver qu'il y avait derrière tout cela un travail sérieux, autant sur les chansons que sur le visuel. Cela n'aurait peut-être pas été possible, ne serait-ce que deux ans auparavant. Nous avons beaucoup appris depuis cette époque. Même si le label est de petite envergure, on a voulu montrer un travail professionnel. C'est d'ailleurs pour ça qu'on est allés masteuriser aux states (avec Carlton Batts au Hit Factory à New York). Quand on aime, on ne compte pas !

Si vous étiez des acteurs, dans quels films joueriez-vous et quels personnages incarneriez-vous ?

Le T.I.N. : N'importe quel film, tant que ça défouraille ! (du verbe défourailler : je défouraille, tu défourailles, nous défouraillons...NDR) et n'importe quel personnage tant qu'il défouraille !!!

Il se dégage de l'album un humour loin des clichés niais et du ridicule. C'est un terrain miné dans lequel vous vous êtes frayés un passage sans faux pas. Comptez-vous sortir un single en exploitant un de ces titres ?

Le T.I.N. : C'est prévu, en septembre. On compte sortir Arrête Ou Ma Mère Va Tirer, titre qui parle de nos mères et qui peut être adapté à chacun d'entre nous. La mienne m'a particulièrement fait « la misère » (rires).
Si j'en suis arrivé là aujourd'hui, je peux la remercier. Sans elle, je pense que je n'aurais pas eu la même situation ni le même regard sur la vie. De plus, ce morceau est, commercialement parlant, exploitable. Cela aurait été stupide de ne pas le sortir en single. Sinon, il y a le titre Il Boit Pas Il Fume Pas Mais Il Cause avec un featuring de Abuz, traitant des mecs qui parlent dans nos têtes : les relous. L'interlude du LP caricature les émissions archi pas spécialisées dans le rap en mettant en avant la lourdeur de certains intervenants. Les gens du Hip-Hop comprendront le message qu'on a voulu faire passer.

Au fait... Pourquoi Le T.I.N. ?

Le T.I.N. : A la base, le nom entier est « Tintin » mais à la longue, ça m'a saoûlé qu'on m'appelle comme le personnage d'Hergé qui représente dans ses BD une communauté africaine sous un angle qui me déplaît (Tintin au Congo), pour l'instant c'est juste Le T.I.N., peut-être ce sera « Le terroriste Incontestablement Nuisible » (rires).

Quels sont vos liens avec les différentes guest-stars de l'album ?

Le T.I.N. : On connaît les NTM mais on avait plus d'affinités avec Joey Starr qui avait l'intention de faire une apparition sur le prochain album des Express D. On lui a proposé l'idée, ça lui a directement plu. Du coup, il se retrouve sur le titre Plus Dure Sera La Chute, il n'est cependant pas exclu que l'on fasse quelque chose avec Shen. C'est quand il veut, il n'y a pas de problème !
Avec Kery d'Ideal J, on a toujours été en rapport. De plus, on se kiffe mutuellement. Avec Au-delà Du Réel on a tout de suite pensé à lui : cela correspondait aux thèmes qu'il abordait. Et pour ce qui est de Abuz, c'est une histoire d'amitié qui a commencé dans l'enceinte de Polygram, car on a la même société d'éditions. Au fil du temps on est devenus vraiment potes et, dans l'aventure, c'est indissociable, il nous a apporté un complément, des idées ainsi que des samples. Abuz en a profité pour régler ses comptes...

Musicalement, qui assure les compositions et quel matériel utilisez-vous ?

Le T.I.N. : Nous assurons, Weedy et moi, la production musicale avec un complément de Mysta D (D'Abuz System) pour le boost du son et l'apport de samples. Pour Express D, c'est souvent Weedy qui s'en charge tout seul. On travaille avec un S950, un S3200 et le Cubase d'Atari, pas de machines secrètes ! Tout dépend de la façon dont on les utilise.

Quels sont les objectifs du label Eskwad Productions ?

Le T.I.N. : Produire. Pour Delta et Kertra, l'affaire est réglée. Un album solo pour chacun, qui sortira à la rentrée (sept, oct) avec toujours des morceaux ensemble car on garde l'identité d'Expression Direkt. Notre stratégie n'est pas comparable à celle d'une major qui sortirait d'abord trois albums avant de distribuer éventuellement des solos. La mainmise sur la production nous permet d'avoir un libre choix. En ce qui concerne Judy, nous sommes sur plusieurs terrains de négociations afin de travailler ensemble sur un projet qui tienne la route.

Quelles difficultés avez-vous rencontré en créant votre propre label ?

Le T.I.N. : Le créer n'a pas été le plus difficile, c'est par la suite, les majors qui nous ont fait galérer. Entre celles que l'on n'a pas jugés sérieuses et celles qui nous ont fait attendre... Sans oublier ces directeurs artistiques qui aiment toujours ce que tu fais mais avec une masse de reproches, te suggérant de faire un peu plus comme ci, un peu plus comme ça... Résultat, si tu les écoutes, tu finis avec un titre comme on en entend en ce moment sur les ondes : du commercial ! Maintenant, c'est à toi de savoir si ça correspond à ton objectif de départ.

Vous n'êtes donc pas tombé dans leur guet-apens ?

Le T.I.N. : La preuve que non, notre premier titre extrait de l'album : Au Sommet De La Gloire (La roue tourne mon gars, Travaille comme un iench le sort te récompensera)

Par rapport à celui qui vous est tendu par le gouvernement actuel, qu'en pensez-vous ?

Le T.I.N. : La politique se limite pour moi à ma mairie. Droite, gauche : la même merde. Peut-être un peu plus avec la droite parce qu'il y a plus de flics ! Le gouvernement actuel représente celui des autres, pas le notre. La politique en général se contente de faire de la répression et fabrique une société à deux vitesses. Ils conçoivent une bombe à retardement : un jour ou l'autre, ça va sauter !

Que penses-tu de la politique de Bayrou « notre » ministre de l'éducation ?

Le T.I.N. : « Ils » font passer des lois sans dialoguer et sans chercher à comprendre. C'est dans les lycées et collèges qu'il y a les vrais problèmes. Les profs sont inadaptés à la réalité de la banlieue. Il existe des problèmes plus profonds que de mettre des grillages et des forces de l'ordre dans des cours de classe. Les enseignants ont la manie de dire « oubie tes problèmes quand tu rentres en cours et reprends-les quand tu ressorts », comme si c'était un blouson que tu poserais au vestiaire.

« Jusqu'ici tout va bien, mais lorsque tu tombes, le problème n'est pas la chute mais l'atterrissage ». Que penses-tu du film La Haine de Mathieu Kassovitz ?

Le T.I.N. : C'est un bon film. Mathieu a réalisé une fiction et non un documentaire sur la banlieue.

Quels sont vos projets à la suite de Guet-Apens ?

Le T.I.N. : La sortie de plusieurs singles extraits de l'album et un clip est en préparation. Il sera opérationnel pour la rentrée.

Dans l'esprit du concept ?

Le T.I.N. : C'est clair que le clip va être tourné format film. Je ne peux t'en dire plus...

Euh...C'est vrai qu'avec vos mères, y'a pas moyen ?

Le T.I.N. : (rire). Je présume ne pas être le seul à avoir une mère stricte. Qui n'a pas vécu des situations que l'on décrit dans le titre ? Tu rigoles quand tu y repenses, mais sur le moment !!...


Jocelyn Gicquel
Frederic Cervellon

# Posté le mercredi 19 octobre 2005 15:28

Modifié le vendredi 28 octobre 2005 10:26

Une des premières interviews pour DOWN WITH THIS en 1995

Une des premières interviews pour DOWN WITH THIS en 1995
Originale caillera sortie tout droit de Mantes-la-Jolie et ex-membres du posse STK, tels sont les mots qui pourraient résumer l'attitude du groupe. En effet, on a pu se rendre compte qu'il y a vraiment des tueurs à gages dans la mouvance Rap. Expression Direkt en fait incontestablement partie et il se place d'ailleurs parmi l'élite de ces groupes.
Le groupe se compose de quatre rappeurs : Weedy, Tintin le sacré phénomène, Delta et Kertra. Les musiques sont produites par eux-mêmes.




Down With This : Peut-on faire un lien entre Expression Direkt et Action Directe ?

Tintin : C'est clair. On fait du peura comme ils posent des beboms. A force, on se demandait vraiment si on n'était pas un groupe terroriste parce que les keufs se sont permis de nous mettre sur ligne d'écoute. Après que l'on ai fait Méa Culpa (Talk Show de TF1), ils sont même venus devant chez nous et ils nous ont dit : « vous vous la pétez, alors on va vous la péter »
A la base c'est presque du terrorisme verbal.

Doit-on considérer que vous appartenez à la mouvance Rap ou à la mouvance dite « reur-ti » ?

T. : C'est un mouvement trop large. Il y a plein de tendances. Si la définition du Hip-Hop dit que je peux monter sur scène avec mes habits de tous les jours, sans que l'on me regarde avec un air chelou. OK j'en fais partie. Mais si on me dit que j'en fais partie parce que je suis renoi, là je suis pas d'accord, et si le mec vient me dire ça, je vais lui mettre une droite dans sa mère. Ce qu'il faut dire, c'est qu'il y a eu un stéréotype énorme. Des gens s'étonnent de nous voir faire du peura parce qu'on a ce look là. Je ne pense pas que pour faire du peura il faille avoir des grosses sketbas.
Weedy : J'avoue que l'on s'est jamais sentis à l'aise dans ce mouvement car on se disait « c'est quoi ces mecs avec leurs coiffures bizarres ». En tous cas, on ne fait pas du peura de neclow.
D'ailleurs, le maire avait interdit un morceau à nous (« La Haine Engendre La Haine »)
T. : A la base, on expliquait que quelqu'un qui ne t'aime pas, tu ne peux pas l'aimer. Alors si un keuf t'emmerde, tu lui niqueras sa mère dés que t'en auras l'occasion et tu le feras sans pitié.
W. : Même si le Hip-Hop dépasse la sphère des cités, c'est bien mais il ne faut pas qu'on me dise que je suis renfermé parce que le Rap c'est pour les mecs de la téci.
T. : A la base, le Rap c'est de la narration. C'est ce qui s'oublie un peu en France. Les mecs aujourd'hui font de l'extrapolation, ils parlent du ciel, des étoiles. Il y a pas mal de rappeurs qui veulent prouver qu'ils sont intelligents. Je dirais simplement une chose : j'ai rien à prouver. Si on fouille, on verra que je fais un DEUG Sciences-Eco et alors ?
W. : On fait du Rap avec la mentalité de reurti. Et cette mentalité, c'est celle que le Hip-Hop devrait avoir.
T. : Disons que Solaar a ouvert et créé un marché où on fait des références à la littérature, et où on sample Gainsbourg. Il ne peut se vanter que de ça. En fait, il ne fait pas de Rap français, il fait du Rap franchouillard. C'est bien pour lui, mais si c'est ça le Rap, alors je ne fais pas de Rap. Et si je fais du Rap, alors ce qu'il fait lui ce n'est pas du Rap.

Est-ce que le contenu de vos textes sera porté sur un discours politique en exposant les problèmes des banlieues ou vous continuerez à raconter des anecdotes sur la vie en banlieue ?

W. : Nos textes seront des chroniques. On ne va pas s'attaquer à la politique parce qu'on en n'a rien à péter. C'est comme les rappeurs qui s'attaquent à « Hélène et les garçons », la meuf en a rien à foutre de leur gueule.

Vous pensez donc que le fait de s'attaquer à Pasqua, et à la politique qu'il instaure, ne changera rien ?

T. : Ce n'est pas que ça ne changera rien. Je pense que chaque groupe choisi ses thèmes, comme par exemple Assassin, en tant qu'engagé politiquement.. Nous, ce n'est pas ça. Cela dit, on ne dit pas qu'il faut laisser faire Pasqua.
W. : Ce qu'on veut dire, que tu pleures sur ton sort, ça ne sert à rien. Par exemple, avec le morceau « La Haine Engendre La Haine » on dit que si tu nous donnes des coups, on va t'en donner. Pasqua s'inquiète beaucoup plus quand il y a des émeutes que quand on lui dit que c'est pas bien ce qu'il fait, car il en n'a rien à foutre. C'est pour ça que je ne revendique pas quelque chose dans mes raps, parce que j'ai pas envie qu'on me demande : « alors, qu'est-ce que tu proposes ? » En plus, c'est accessible à tout le monde de parler. Par exemple, « l'Aimant » d'IAM, c'est notre morceau de prédilection, sans parler du groupe. Pour moi, c'est ça un morceau de peura.

Comment voyez-vous le style gangsta des Etats-Unis, en comparaison à celui de la France, et est-ce que vous jugez qu'il est similaire ?

T. : La France et les Etats-Unis sont deux mondes différents. Il y a tout de même des similitudes. Il faut comprendre qu'au niveau des médias, ce n'est pas une mode. Ca arrivera, dans le sens où ça correspond à une évolution des mentalités. Les petits de mon quartier font des choses encore pires que celles que je faisais à leur âge. En France, pour que le mec sorte le fusil à pompe, il faut qu'il y ait un truc assez grave.
W. : Ce n'est pas à la « Menace II Society », ça c'est aux Etats-Unis, ici on ne sort pas le pompe parce que tu m'as dit « suce-moi la bite », il se mangera juste un gros coup dans la gueule avec une insulte mais pas une bastos. Et j'espère que ça ne deviendra pas comme ça, mais c'est en train de le devenir.
T. : On essaye de faire passer à travers nos textes des choses pour que les gens comprennent comment c'est dans la vie. C'est vrai qu'ils parlent des malaises de société ou d'un mal de vivre mais ils ne se rendent pas compte que c'est si profond.
W. : Pour en revenir au gangsta en France, il y a gangsta et gangsta. Il y a le keum qui n'a pas besoin d'avoir une étiquette gangsta, qui est tout simplement la petite caillera de le téci et qu'en a autant à raconter si ce n'est plus. Bien sûr, le vrai gangsta, qu'on appelle chez nous le diban, c'est un mec qu'on ne voit jamais dans le quartier car il business tellement qu'il n'a même pas le temps de le dire.
T. : Ce que fait Pasqua avec ses répressions policières, ça ne calmera pas la chose. Au contraire, ça va empirer.
W. : La question maintenant est : est-ce que c'est ce qu'il veut ? Le mec arrive et il dit : « les armes à grenailles ne sont plus en vente ». Les gens voient ça et se disent : « c'est bien ce qu'il a fait ». Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est que quand tu te faisais défoncer par un grenaille, t'avais juste des plombs dans le corps. Et quand il n'y a plus de grenaille, tu vas chercher une vraie arme. Donc, quand il y aura des keums qui te prendront la tête, tu risques de les tuer.
T. : C'est voulu. Chez les cainris, quand t'as une cité de négros, au milieu t'as la boutique qui vend l'alcool et à chaque extrémité il y a un vendeur d'armes. Alors comment tu veux que ça ne se termine pas en fusillade ? Quand les mecs de cités en auront marre que les keufs ne viennent que pour les faire chier, les empêcher de sortir le soir, ne serait-ce que pour scutedi et fumer des oinjs, ils vont être dangereux. Déjà qu'ils ont une haine profonde envers la société, alors que tu sais que la police ne représente que les chiens de la société, ça fera très mal quand ça pètera. Ce que Pasqua fait par ses actes, c'est qu'il pose des bombes sociales à retardement.

# Posté le mercredi 19 octobre 2005 14:06

Modifié le mercredi 19 octobre 2005 14:35

L'EXPRESS TEAM

L'EXPRESS TEAM

# Posté le lundi 19 septembre 2005 18:05

Modifié le vendredi 28 avril 2006 07:27

IMPRESSIONS DIRECTES - Juin 1996 – Magazine POWER

IMPRESSIONS DIRECTES - Juin 1996 – Magazine POWER
Venant de l'ouest parisien, les cinq membres d'Expression Direkt proposent une nouvelle voie au rap hexagonal. Entretien express avec l'avenir du Hip Hop français.

Depuis ses débuts, le groupe Expression Direkt a toujours su trancher par son franc-parler. Figurant sur la compilation Ghetto Youth Progresss, le premier essai discographique de ce groupe formé de quatre rappers – Le T.I.N, Weedy, Kertra et Delta – plus le chanteur Judy, étonnait par son titre explicite Mon Esprit Part En C***. C'est avec le titre Dealer Pour Survivre, tiré du film de Mathieu Kassovitz, La Haine que le public les découvre. Alors qu'un album du groupe est annoncé, Guet-Apens, projet des deux leaders Le T.I.N et Weedy, arrive dans les bacs. Sorti sur leur propre label, ce premier disque tranche par la pertinence de ses textes, son réalisme social et la vision pessimiste qu'il dégage. Originaire de Mantes-la-Jolie (78), le groupe ne goûte guère l'amalgame souvent médiatique, façon cités/mal de vivre/émeutes. Le T.I.N frappe du poing sur la table pour mieux appuyer ses propos, tandis que Weedy ironise, se fache puis détourne le regard.

Power ! : Comment êtes-vous arrivés sur la B.O. de La Haine ?

Un des acteurs du film connaissait Rude Lion, le producteur du morceau Mon Esprit Part En C***. Il en parle à Kassovitz qui a flashé dessus et l'inclut dans la B.O. de La Haine. Ensuite Delabel nous a proposé de faire figurer ce titre dans le CD inspiré du film. Vu qu'il était déjà présent sur la compil de Ghetto Youth Progresss, on ne voyait pas l'intérêt de le présenter dans une autre compil. Nous leur avons proposé Dealer Pour Survivre et ils l'ont accepté. Puis il y eut Cannes et ce fut la folie. Avec Kassovitz, nous avons fait l'ouverture du festival et comme le film était énormément médiatisé, nous nous sommes placés à chaque occasion qui s'offrait à nous, plateau télé, interview... Nous avons vu le film maintes fois, et c'est toujours un plaisir d'arriver à la séquence où l'on entend Mon Esprit part En C*** (rires).

Pourquoi ne pas avoir aussitôt signé avec une major ?

Des feux de la rampe, nous sommes retournés à notre univers premier. Nous avons préparé l'album d'Expression Direkt pour le proposer aux maisons de disques. Elles n'étaient pas très chaudes par rapport à la réputation dite sans concession du Ghetto Youth Progresss. Ces derniers traînent dans le milieu musical depuis pas mal de temps et clament que « c'est pas parce qu'on est des négros qu'on va nous faire des contrats à 2 balles ! » Les majors ont pris peur quand elles ont vu qu'elles avaient affaire à des racailles intelligentes. Comme les gens nous attendaient, nous avons enregistré Guet-Apens sur notre propre label, Eskwad Productions. Si on signe plus tard avec une major, il faudra qu'elle allonge le cash pour nous assurer une carrière.

Pourquoi sortir un album en duo plutôt que celui du groupe ?

Il y a un an, nous avions préparé l'album du groupe mais nous n'avons pas eu la possibilité de le sortir. Vu que nous sommes les leaders en même temps que les plus âgés de la bande, nous avons décidé de réaliser notre disque. Les autres profiteront de cette expérience. Dans le combo, il y a cinq membres avec des goûts différents. Il est prévu que nos trois partenaires s'expriment chacun sur des albums solo. Expression Direkt ne sortira pas d'album tant qu'on n'aura pas les moyens nécessaires.

Vous venez de Mantes-la-Jolie mais vous n'aimez pas en parler, pourquoi ?

Nous représentons Mantes à 100% mais quand quelqu'un cite le nom de cette ville, tout le monde se souvient des émeutes. A l'inverse de certains groupes sans scrupules, cela ne nous intéresse pas de gagner de l'argent avec une tragédie : nous avons eu un pote tué dans cette histoire et nous ne voulons pas nous faire de la publicité sur sa mort. Nos textes ne reviennent pas sur les émeutes, les médias en ont déjà suffisamment parlé. Les jeunes ont affronté les flics parce qu'il y avait un malaise profond que les élus n'ont jamais cherché à guérir.
Comment se fait-il qu'il y ait des gens qui doivent passer par des moyens illégaux pour survivre ? Comment se fait-il qu'un diplômé de l'université galère dans un hall d'ANPE parce qu'il ne trouve pas de travail ? Nous, nous préférons nous attacher à la cause, pas aux conséquences. D'autre part, nous avons constaté un problème avec les médias, ils aiment présenter les banlieues, les cités comme des zones où règnent la violence mais ils ne dénoncent jamais l'irresponsabilité et l'incompétence des politiques.

Vos textes témoignent d'une certaine ranc½ur envers l'aspect commercial du rap...

Effectivement ! Certains rappers ont leurs entrées sur MCM ou M6 aux heures de grande écoute alors qu'ils ne rappent que depuis six mois. Les présenter comme des rappers est assez surprenant et on finit par se demander quel type de musique nous faisons. Quand tu rappes, tu as un devoir à accomplir, un message à véhiculer. C'est beaucoup plus important que le côté fun. Nous habitons un monde où il n'y a que de la merde, un monde pas vraiment rond, pas vraiment doux. Lors d'une interview, Busta Rhymes constatait que « avant qu'on impose le vrai rap, le public adorait MC Hammer et Vanilla Ice. Depuis, on n'entend plus parler de Vanilla Ice ». Un jour, il en sera de même en France...

Pourquoi préférez-vous puiser vos mots dans le langage de tous les jours quand la plupart des MC's français utilisent une langue plus savante ?

Nous n'avons rien à prouver ! Certains rappers se vantent d'avoir fait des études supérieures et veulent discourir sur Kant, Voltaire, etc. Quand nous écrivons, notre message s'adresse en priorité aux notres. Nous rappons de la même façon que nous parlons. Jamais nous ne dirons « il faut ouvrir le rap à la plus haute sphère de la société » Non ! C'est aux classes dominantes de descendre dans la rue pour voir ce qui s'y passe et essayer de comprendre pourquoi les banlieues explosent. On nous a forcé à nous intéresser à des gens comme Rousseau. Lorsqu'on ne comprenait pas un mot employé par des philosophes, on en cherchait la signification. Maintenant, si certaines personnes aiment le rap, elles n'ont qu'à faire la même chose mais nous n'éditerons pas de dictionnaire pour leur faire comprendre le Hip Hop. Le meilleur rap ne va pas vers les gens, ce sont les gens qui viennent à lui.

Lorsque vous abordez un sujet, vous insistez sur son aspect négatif pour tenter de définir une morale. Pourquoi cette démarche ?

A l'écoute de Dealer Pour Survivre, beaucoup de gens ont pensé que l'on faisait l'apologie de la drogue alors que ce texte ne faisait que le constat d'une situation bien déterminée. Il ne faut pas qu'à son écoute, une personne déclare « ouais ! Mec, demain je commence à dealer ». Dans le morceau Plus Dure Sera La Chute, on attaque la 8.6, cette bière qui attaque les jeunes. Cet alcool, en vente le plus souvent à côté des cités à un prix dérisoire, risque de détruire rapidement la jeunesse par son marketing imparable. « Dure sera la chute / Si t'es derrière ta bibine comme une pute ». Nous essayons de passer le message en décrivant le côté négatif des choses.

Recueilli par KALENGE

# Posté le lundi 19 septembre 2005 17:53

Modifié le lundi 19 septembre 2005 18:20